L’histoire du Château de Collias
Depuis près de mille ans, le Château de Collias veille sur les gorges du Gardon depuis son promontoire rocheux. Chaque époque y a laissé sa pierre : tour médiévale, portique Renaissance, façade classique, plafonds peints, jardins romantiques.
« Les hommes passent, la nature demeure, les pierres se souviennent. »
Les grandes dates :
Vᵉ siècle — « Colleivacum », nom antique rapproché de Collias
XIᵉ siècle — construction de la tour médiévale
1584 — prise du château pendant les guerres de Religion
1614 — reconstruction Renaissance
1629 — nuit de Louis XIII au château
XVIIIᵉ siècle — âge d’or et création du parc
1815 — installation de Joliclerc, don de Napoléon
1866 — Numa Ausset et le jardin romantique
1911 — vente du château à la bougie
2019 — renaissance du domaine
Des origines antiques
Bien avant le château, le promontoire était habité. Dès le Vᵉ siècle, Sidoine Apollinaire mentionne « Colleivacum », que des historiens rapprochent de Collias ; la tradition locale garde le souvenir d’un « Camp Grec », et certains ont rapproché le nom du village du grec Kolias, un promontoire de l’Attique.
Les pierres parlent aussi : lors de travaux près de la tour, des fragments d’amphores ont été mis au jour, ainsi qu’une stèle romaine dédiée à Aphrodite — l’indice probable d’une villa gallo-romaine, deux millénaires avant nous.


La tour et les siècles féodaux
Au XIᵉ siècle s’élève la tour, cœur historique du château, possédée par les évêques d’Uzès — Éléazar Iᵉʳ est cité vers 1088. Suivront les Montaren, puis Diane d’Albenas, « Dame de Collias », et les Trémolet de Montpezat : le village s’appela même un temps Montpezat-lez-Uzès.
La tour abrite aujourd’hui une chambre étagée sur plusieurs niveaux, couronnée d’une terrasse d’où l’on aperçoit, par temps clair, la tour du Duché d’Uzès et le mont Ventoux.
Renaissance et visite royale
En 1584, les guerres de Religion embrasent le château : les toitures brûlent. La paix revenue, la reconstruction lui donne fenêtres à meneaux, galeries, un escalier hélicoïdal de pierre et le portique monumental daté de 1614.
En 1629, Louis XIII, en campagne dans le Midi avec Richelieu, passe une nuit dans ces murs restés fidèles à la couronne. La même année, il ordonne la destruction des murailles d’Uzès, et la paix d’Alès clôt les guerres de Religion.


L’âge d’or des Lumières
Au XVIIIᵉ siècle, les Fournier de La Chapelle, enrichis par les plantations de Saint-Domingue, donnent au château sa grande façade classique, des chambres dotées chacune de son cabinet de toilette et de vastes salons de réception.
Le marquis confie le parc à François-Joseph Bélanger, l’architecte de Bagatelle et des jardins du comte d’Artois : terrasses, allées et perspectives ouvrent la demeure sur les gorges. La Révolution brisera cet élan — le marquis meurt guillotiné, et le domaine sera vendu.
Napoléon, Joliclerc et l’Empire
Commissaire sous la Révolution, puis agent des réseaux de renseignement de Napoléon Iᵉʳ, François-Xavier Joliclerc contribue au démantèlement du complot de Cadoudal. L’Empereur lui offre le domaine et le nomme à de hautes fonctions en Italie ; il épouse la fille d’un général dont le nom est gravé sur l’Arc de Triomphe.
À la chute de l’Empire, il vient s’installer à Collias, en 1815, et ramène avec lui des artistes italiens qui transforment le château : plafonds peints par des artistes venus de la péninsule, sols de granito, baignoires de marbre aux robinets en tête de cygne, grand perron, grotte de fraîcheur — et une bibliothèque dont subsistent des centaines d’ouvrages et des archives remontant au XIVᵉ siècle.
Devenu maire, il hypothèque cent hectares du domaine du château pour offrir un pont au village, et repose, par humilité, dans la fosse commune de Collias.


Familles et jardins du XIXᵉ siècle
Sa fille épouse l’avocat Des Portes : six enfants grandissent dans le parc. Leur fille épouse le marquis de Laqueuille, plume de la Revue des Deux Mondes, mort à trente-deux ans à Collias.
En 1866, Numa Ausset pare les salons au goût du Second Empire et fait dessiner par J. Cordioux un jardin anglais inspiré des villas de la Côte d’Azur : bassin, rocaille, ruisseau serpentant, palmiers et essences rares.
« Là, un panorama splendide, saisissant, se déroule à nos pieds : tout en bas, le Gardon serpente entre des hauteurs boisées et rudes, donnant au paysage un aspect sauvage, mais d’une réelle beauté. »
— Société d’horticulture du Gard, visite du parc, 1902
La vente à la bougie et le long sommeil
En 1911, le château est vendu à la bougie — adjudication solennelle, presque théâtrale, qui clôt un cycle. Le neveu acquéreur, blessé pendant la Grande Guerre, cède cent hectares de vignes et les caves.
Le XXᵉ siècle morcèle le domaine et le laisse s’endormir : la bibliothèque se disperse en partie, les salons se vident, jusqu’à l’effondrement d’une aile au début des années 2000.


La renaissance
En 2019 commence une restauration complète : toitures, façades, salons, chambres — chaque espace retrouve ses volumes et sa lumière. En 2021, près de deux mille arbres sont plantés.
Redevenu un lieu d’accueil — hier hôtel cinq étoiles au restaurant étoilé — le château se consacre désormais aux séjours privés et aux réceptions, face aux gorges classées réserve de biosphère par l’UNESCO.
